
«Gérard, as-tu les clés du char, Gérard, pour qu’on sorte d’icitte…»
Considérant que c’est ici le laboratoire du blogue univers zéro un où je me suis engagé à ne pas me censurer, rappelons que l’auteur possède aussi la fibre d’un Québécois qui se choque, qui réagit, qui fait une montée de lait. On ne peut pas toujours donner dans la littérature scientifique. Et quand je vois qu’on s’interroge, sinon qu’on s’appitoie sur l’état de la blogosphère québécoise, ben la, comme dirait Daniel Pinard, ben la, oui, les molécules et les atomes me font trois petits tours et puis s’en vont !
J’ai repéré un billet intéressant, Bloguer au Québec, dans le blogue Disparate, et cela m’ai fait réagir. J’y ai laissé un commentaire, que je vous livre ici.
Encore pris dans nos bancs de neige ?
Il est certes fort à propos de s’interroger sur l’état de la blogosphère au Québec. Pour les blogueurs francophones, encore plus pour ceux du Québec, le web sémantique et ses étiquettes françaises (tags) permettent maintenant de repérer facilement des billets sur des thèmes spécifiques. Les outils que Technorati ou Del.icio.us sont francisés; nous avons maintenant l’opportunité d’établir des catégories nous étant tout à fait particulières, pourquoi pas ? Une folksonomie québécoise est en devenir.
Ayant choisi d’être hébergé chez WordPress en explorant des thèmes n’étant pas spécifiques au Québec, tels que l’astrophysique, la cosmologie ou la cybernétique, cela conduit à un point de vue un peu différent sur la francité des blogues. Ces billets n’attireront pas les masses – et ce n’est pas l’objectif pour le moment. Heureusement, depuis quelques semaines, on peut parcourir sur le portail de WordPress différents palmarès maintenant classés par langage, permettant ainsi de repérer facilement un blogue tel celui-ci. Mais ici, nous parlons uniquement de français, et non du Québec. WordPress héberge près de un quart de millions de blogues, imaginez les Québécois là dedans… ils ne sont pas légion !
Alors, si on veut se concentrer uniquement sur le phénomène québécois des blogues, doit-on avouer qu’il n’est pas simple de les repérer. Je me souviens de m’être inscrit à un défunt annuaire québécois des blogues http://www.quebeblogues.com/ sur lequel il n’était même pas possible de faire une recherche, sinon en tournant les pages une à une.
Cette réflexion sur l’état de la blogosphère québécoise serait comme le pendant logique d’un constat inévitable pour les blogueurs : ce besoin criant d’être vu, d’être lu, d’être répertorié… presque pathologique chez certains blogueurs qui insistent un peut trop la dessus. Peu nombreux, nous sommes dans cette logique Grattes-moi le dos et je vais te le gratter aussi. On a parfois l’impression, à lire tant de billets sur ce thème «comment vous faire voir» que nous souffrons tous de la maladie du référencement : rechercher inlassablement des annuaires, s’y inscrire et espérer voir le compteur grimper.
Mais à quel prix ? Souvent, pour un contenu qui laisse à désire, au profit d’un besoin maladif de publier billet sur billet, même si on a rien à dire ? Cela ne risque-t-il pas de créer une espèce de pollution littéraire et de diluer encore plus notre spécificité québécoise ? Outre les blogues reconnus de journalistes ou plus officiels d’institutions, la question véritable est de connaître les motifs réels pour bloguer.
Le blogue est certes une fantastique plateforme collaborative pour partager ses recherches, réflexions ou opinions sur un thème qui passionne le blogueur; ainsi, on peut repérer petit à petit des lecteurs ou des lectrices partageant nos intérêts. Il est bien agréable de s’établir graduellement un réseau de correspondants les partageant, en laissant ici et là quelques commentaires sur des billets traitant de thèmes similaires. Plus agréable, en tous cas, que de passer son temps à se demander comment augmenter son lectorat; mais ceux qui partagent notre passion ne sont pas nécessairement ceux qui habitent notre nation en devenir, rappelons-le.
Certes, la spécificité de la culture québécoise est indéniable; on pourra voir éclore des blogues sur le nationalisme, la culture artistique, littéraire ou cinématographique propre au Québec. Tous ces thèmes peuvent être développés avec intérêt et originalité et méritent certes qu’on y porte attention. Cela est indéniable. Mais est-il vraiment nécessaire de devenir soudainement ethnocentriques et de nous prendre pour le nombril du monde ?
Beaucoup de blogues francophones peuvent être repérés, en recherchant dans les thèmes qui nous intéressent à l’aide des étiquettes dans les engins les plus reconnus. Pour les blogueurs qui voudraient focaliser sur des thèmes spécifiques au Québec, il y a énormément de potentiel, dans la mesure où on se concentrera sur ceux-ci. Il y en a aussi qui ne sont pas spécifiques au Québec, notamment au niveau de la science, de la philosophie, de la sociologie, de l’anthropologie par exemple. Toute dissertation sur des phénomènes sociaux ne doit pas nécessairement aboutir à tout prix sur la spécificité québécoise, parce qu’on se pense un blogueur québécois. Inutile non plus de vouloir alors se réfugier sous la bannière de blogue québécois.
Nous sommes peu nombreux pour le moment à bloguer en français sur la planète, mais est-ce si épouvantable ? Nous pouvons aussi bloguer en québécois avec nos bancs de neige, notre maudit hiver, notre calcium, notre Labatt Bleue, nos gros chars, nos chars allégoriques de la Saint-Jean, notre PQ, notre forêt boréale, notre Hydro, nos Fred Pellerin, Star Académie, Cirque du Soleil, Céline Dion, Télé-Québec, notre Journal de Moréal [...] ou notre Devoir…. Nous sommes sans doute encore moins nombreux. Les choix ne manquent pas pourtant ! Si le cœur vous en chante, vous pouvez créer une catégorie poutine, pourquoi pas… Tiens, un blogue sur la poutine, qui en aura l’audace ?
Nous sommes un peuple créatif et il y a tant de place à l’originalité, à l’humour aussi qui nous qualifie bien. Nous pouvons apprendre au reste de la planète qui nous sommes aussi intéressés par cette enfilade de thèmes, improvisée ici par un jeu spontané d’associations libres, sans malice. Et tous ces thèmes s’ouvrent sur tant d’autres. Laissez-vous aller si le cœur vous en dit.
Nous pouvons très bien partager nos affinités. Pour tous ceux et tous celles que la culture québécoise intéresse plus particulièrement, nous pouvons nous distinguer; mais n’oublions par non plus de nous distinguer par la pertinence de nos thèmes, par la qualité du français ou du québécois pour ceux qui veulent explorer ce filon. En fait, aucune objection pour qui se demanderait, comme Yvon Deschamps, «les blogues, qu’ossa donne ? »
Même chose pour qui voudrait bloguer de sa cuisine et nous parler de l’arôme de son café fraîchement torréfié; le blogue personnel est aussi une belle forme de journal intime aussi, ouvert sur le Web pour ses amis et ses connaissances et aux visiteurs inconnus de surcroît. C’est merveilleux aussi, il ne faut pas décourager ces initiatives de petites communautés personnelles. On aime zapper sur la télé et on le fait aussi sur le Web. Même si le blogue univers zéro un – l’autre versant du labo – est un peu empesé, son auteur utilise aussi du papier hygiénique, en plus du papier de ses cahiers de notes !
Mais retenons avant tout ceci : Depuis 30 ans, nous avons de la difficulté à gérer notre identité, votant bleu, votant rouge, votant bleu, votant rouge, disant non, oui, peut-être, avançant, reculant… Pour reprendre cette inénarrable parodie de la limousine de Jean-Chrétien prise dans son banc de neige, le flag du Canada accroché sur son antenne : «t’avances, t’arcules, t’avances, t’arcules, mais t’es toujours dans ton char du Canada».
Ne faisons pas ainsi avec nos blogues, définissons-nous certes, mais ne nous empêchons pas de nous ouvrir sur le Monde dans la mesure du possible et de traiter de l’Universel aussi.




