Ombre chinoise, avec l’aimable autorisation de L’Aubépine.
Rapidement, une impression. En lisant dans mon carnet de recherche, debout dans la rame de métro, j’aperçois une miniscule fourmi qui commence à se promener sur le quadrillage de la page.
Elle entre et sort entre l’espace des pages, ou dans le petit interstice entre le cahier et sa reliure. Voilà, idée folle, je désire la déposer à l’extérieur, dans un bosquet près de l’édicule de la station tout près de chez moi. Une seule station reste à parcourir.
Me voilà dans le grand escalier mobile, le cahier refermé entre les mains. Je la protège de ma main, retournant et retournant sans cesse le cahier, comme si la fourmi était soudain dans un immense manège, sur cette vaste surface noire de la couverture où elle ne cesse de tourbilloner, en l’ayant maintes fois parcouru, s’engageant parfois aussi sur la tranche.
Je traverse la rue, réussit enfin à m’approcher d’un beau bosquet rempli de petits feuillus. Je dispose le carnet sous une feuille à ma hauteur, que je colle d’un doigt sur la surface où elle se promène.
Elle réussit enfin à se faufiler sur la feuille. Je la regarde s’éloigner de sa périphérie. Elle disparaît dessous, il fallait bien s’y attendre. Quel périple ce fut sans doute pour elle. Espérant qu’elle saura retrouver des congénères et surtout qu’elle ne se retrouve pas dans une colonie ennemie. J’au fait du mieux que je pouvais.
C’est le petit bonheur de ma journée, que je décide de partager, quelques minutes plus tard. Je viens tout juste de mettre le pied dans la bibliothèque. Cela me fait du bien, je me sens accompli !
Voilà ces étranges idées d’un homme qui s’intéresse à l’immensité des galaxies, mais aussi à l’infime, plus particulièrement lorsqu’il s’agit d’une vie partageant le même fleuve du vivant que lui !




