septembre 2006


Ombre chinoise, avec l’aimable autorisation de L’Aubépine. 

Rapidement, une impression. En lisant dans mon carnet de recherche, debout dans la rame de métro, j’aperçois une miniscule fourmi qui commence à se promener sur le quadrillage de la page.

Elle entre et sort entre l’espace des pages, ou dans le petit interstice entre le cahier et sa reliure. Voilà, idée folle, je désire la déposer à l’extérieur, dans un bosquet près de l’édicule de la station tout près de chez moi. Une seule station reste à parcourir.

Me voilà dans le grand escalier mobile, le cahier refermé entre les mains. Je la protège de ma main, retournant et retournant sans cesse le cahier, comme si la fourmi était soudain dans un immense manège, sur cette vaste surface noire de la couverture où elle ne cesse de tourbilloner, en l’ayant maintes fois parcouru, s’engageant parfois aussi sur la tranche.

Je traverse la rue, réussit enfin à m’approcher d’un beau bosquet rempli de petits feuillus. Je dispose le carnet sous une feuille à ma hauteur, que je colle d’un doigt sur la surface où elle se promène.

Elle réussit enfin à se faufiler sur la feuille. Je la regarde s’éloigner de sa périphérie. Elle disparaît dessous, il fallait bien s’y attendre. Quel périple ce fut sans doute pour elle. Espérant qu’elle saura retrouver des congénères et surtout qu’elle ne se retrouve pas dans une colonie ennemie. J’au fait du mieux que je pouvais.

C’est le petit bonheur de ma journée, que je décide de partager, quelques minutes plus tard. Je viens tout juste de mettre le pied dans la bibliothèque. Cela me fait du bien, je me sens accompli !

Voilà ces étranges idées d’un homme qui s’intéresse à l’immensité des galaxies, mais aussi à l’infime, plus particulièrement lorsqu’il s’agit d’une vie partageant le même fleuve du vivant que lui !

 

Dans les coulisses de la rentrée du bloque, quelques notes sur ma relation avec les cahiers de notes, simplement… 

Apostille 2007-05-22

Russell a maintenant sont site web, pour promouvoir sa papeterie… à visiter, donc ! 

2006-08-26 – Journal

[...] L’invention de ma rentrée virtuelle s’est traduite en quelques gestes simples, dont le plaisir immense d’acheter un premier cahier de notes quadrillé Moleskine; avouons que c’est une espèce de fétichisme qu’on pourrait classer dans l’ordre de la papyrophilie. Mais pourquoi pas ? [...]

2006-09-02 – Journal

NOTA BENE !

Toujours en quête d’informations, prenant incessamment des notes, l’attrait du papier nous conduit à rechercher parfois un support agréable pour tenter de mémoriser des notions essentielles. Ou encore établir des descriptions cohérentes de faits que nous observons patiemment, qui nous instruisent sur le déroulement du réel.

C’est une tentative de réorganisation de l’information que nous percevons. Ironiquement, en paraphrasant Pierre Lévy, dans son essai idéographique La machine Univers, «l’univers extérieur ne peut contenir la moindre information. La notion d’information n’a de sens qu’à l’intérieur du sujet (p. 126)».

Encore plus ironiquement, une fois que je suis disparu ne subsiste rien de moi, sinon ces notes s’accumulant d’année en année, me menant graduellement à une meilleure compréhension de la nature des doutes que j’entretiens. Sans doute, mon existence serait très fade; sans objet de recherche, nulle passion ne motiverait ce temps passé en silence devant un cahier, un livre, ou même devant une petite fiche de notes où je tente de schématiser sommairement la pensée d’un auteur ou la nature – ou structure – d’un phénomène.

Voyant ces années venir, continuant à exercer un métier me permettant d’honorablement bénéficier d’un revenu adéquat, ma seule richesse véritable aura été de profiter de ces conditions avantageuses afin de me procurer de beaux cahiers ! Richesse momentanée et incertaine, qui ne m’est accordée qu’à titre de privilège, puisque la précarité de la matière de ces cahiers les soumet bien sûr à la probabilité de destruction, à court terme ou à long terme.

Pour le moment, d’autant plus, ai-je l’impression de faire un assemblage personnel et inédit d’une collection de faits et d’observations, simplement à titre de témoin de notre époque.

Pourtant, je persiste, et je signe encore, me laissant mener au jour le jour, espérant aussi exercer suffisamment mon imagination pour éventuellement conclure mon existence en ayant au moins publié un essai ou un roman. Pas besoin d’en avoir des dizaines !

Donc, me voilà depuis aujourd’hui aussi client de la boutique papeterie NOTA BENE, rue du Parc à Montréal, espérant établir une nouvelle habitude. En établir une nouvelle au profit d’une ancienne qu’il me faudrait bien abandonner…

Apostille

  • Le sympathique propriétaire de la papeterie, Russell Hemsworth a défrayé la chronique.
  • Il a aussi eu la bonne idée, en ouvrant sa papeterie, de sélectionner une belle gamme de produits à sa clientèle, dont la série design Russell + Hazel. C’est bien agréable de pouvoir ainsi se rendre dans un commerce où se retrouvent le bon goût et le design. Donc, tout ce qu’il faut pour développer la papyrophilie !